St Bertrand-de-Comminges le 25 décembre 2010 – 12h15. Je pourrais facilement ouvrir cet hôtel de tourisme, mes clefs fonctionnent, c’est Noël. Je pourrais emprunter les escaliers glacés, puis, ce soir, tenter de m’envelopper dans des couvre-lits, chercher de quoi boire et ne trouver qu’une bouteille de rhum de cuisine, crever de froid la nuit venue, boire le rhum à petites gorgées : ce rhum sucré artificiel vous tord les tripes et vous passe un destructeur d’archives dans la tête dès le troisième ou quatrième déci. Je pleurerais ainsi sans honte de ma solitude recherchée, sous le regard de rats affectueux mais encore incrédules. La nuit est tombée, maintenant la fenêtre givrée laisse à peine voir les étoiles. Le sommeil ne vient pas, mais la haine virtuelle d’un village qui ne sait pas que je suis là est déjà rassurante, davantage en tous cas que les jeunes gens proprets qui rangeaient tout à l’heure les chaises de la messe de minuit : ils avaient les têtes d’officiers d’une enclave chrétienne.