C’est lorsqu’on arrive à l’âge adulte que l’on s’aperçoit qu’il n’existe pas. Souvent, cette découverte survient quand l’aîné des enfants a atteint six ou huit ans. C’est alors l’heure du divorce. On peut y échapper en devenant adulte dix ou quinze ans plus tôt et faire ainsi les choses dans le désordre : divorce (le jeudi), adolescence, enfants... Le mariage peut-être envisagé, mais les lignées en profitent souvent pour faire des cadeaux qui font peur aux enfants, par exemple ces grandes aiguilles  à dagydes. Tous les mômes de maternelle savent qu’elles servent ultérieurement à traverser le corps des enfants lorsque les parents croient que le Père Noël et l’âge adulte existent vraiment, ce qui leur fait faire n’importe quoi. Beaucoup plus tard, ces enfants-là arborent parfois, en guise de broche, un mamelon déguisé en chapeau de jardinier. Ce mamelon serait turgescent si ce terme n’était pas définitivement devenu ridicule au moment de la mode des blogs érotiques. Je suppose que le chapeau de jardinier était destiné à me rappeler que nous ne sommes pas encore allés à Giverny. Moi, dès qu’il pleut, je m’imagine, flottant mort et gonflé comme un noyé sous les nénuphars de Monet, et espérant malgré tout avoir encore un bel automne.