Valcabrère le  24 décembre 2008 – 11 h 08 – Le cimetière ne sait pas encore que la vague de froid approche, il dégèle donc tranquillement au soleil. Allongé sur la tombe de la comtesse espagnole, je suce  son épigraphie en me demandant si  je ne transgresse pas un peu. Des odeurs  chaudes d’humus, de mousse et de lierre, attirent en pleine lumière un rouge-gorge ; il attend, tout près de mon nez, le départ d’une mésange agressive : lui aussi a entendu une  capsule éclater, une plante, trompée par le soleil, joue un peu tôt sa partition zoochorique. La comtesse était malheureuse et mes caresses ne sont que virtuellement nécrophiles, puisque ses os ont disparu jusqu’au dernier cure-dent. Mais ici  se poursuit une bataille et je compte m’en faire une alliée : ce soir l’évêque squelettique  viendra  singer la naissance de Mithra. La comtesse et moi, on en a rien à foutre de Mithra, mais on aime bien égorger les taureaux dont le sang gicle dans le matin glacé. Et puis, il y a tout  de même des choses à respecter. Un jour la vieille nécropole païenne fera la paix avec la basilique romaine et l’évêque pourra se carrer son chrisme dans l’oignon.